la REPRODUCTION de l'eretmodus
cyanostictus

Par Pierre Henrichon


L’eretmodus cyanostictus est un cichlidé gobie habitant la lac Tanganyika. Son allure clownesque et sa façon de se reproduire en font une espèce désirable en aquarium.

Dans la nature, ce poisson vit très près de la rive du lac, là où les vagues déferlent, soit à une profondeur d’environ un mètre. Il n’est pratiquement jamais vu à une profondeur supérieure à trois mètres. À cet endroit, l’eau est agitée et saturée en oxygène. Sa morphologie nous révèle des nageoires pelviennes musclées pour se soutenir au sol, une très longue nageoire dorsale rejoignant presque la nageoire caudale; cette dernière lui sert à se maintenir en équilibre dans l’eau tumultueuse; sa vessie natatoire est vestiginale, sans quoi, il ballotterait littéralement sous l’effet des vagues.

Étant presque toujours près de la surface, ses yeux sont orientés vers le haut et quelque peu exorbitants ce qui lui donne une allure comique et lui permet de bien déceler ses prédateurs dont les oiseaux de rivage. Sa longue nageoire dorsale est épineuse et lui permet également de se protéger des ennemis. La femelle est munie d’une grande bouche et celle-ci est encore plus grande chez le mâle. Sa livrée est d’un brun olive et des points iridescents apparaissent et disparaissent selon l’humeur du poisson.

Son régime alimentaire est principalement végétarien; il consomme des algues en les broutant sur les rochers et profite de l’occasion pour se nourrir également de petits invertébrés s’y réfugiant.

Pour le garder en aquarium, il va sans dire que l’eau doit être propre, limpide et bien oxygénée. Cela se réalise par la présence d’un système de filtration mécanique puissant et des changements hebdomadaires d’eau d’environ 15% du volume total. Une bonne couche de gravier de corail contribue à maintenir un PH élevé se situant près de 8. Des amoncellements d’ardoises, de morceaux de corail ou de roches volcaniques sont nécessaires afin qu’il puisse y trouver refuge. Il est conseillé de placer cette espèce dans un bac d’au moins 1,50 mètre de longueur et de maintenir la température de l’eau autour de 24 degrés celsius. Cette espèce peut être gardée en communauté avec d’autres espèces du genre julidochromis, neolamprologus et altolamprologus.

Pour la reproduction, un jeune groupe de quatre à six individus devrait être introduit dans le bac afin qu’un couple puisse se former. Cette espèce pratique l’incubation buccale bi parentale; selon les études, sur un millier d’espèces pratiquant l’incubation buccale, environ seulement 35 espèces pratiquent l’incubation bi parentale. Un couple se forme donc et repousse les autres individus. Lorsque la femelle est disposée à pondre, elle nettoie une surface plate. Par la suite, le mâle courtise la femelle en dansant devant elle et la reproduction s’en suit; la femelle dépose un ou deux œufs à la fois et les récupère immédiatement dans sa bouche; le mâle s’approche du lieu de ponte et fertilise l’endroit alors que la femelle se tient la bouche contenant des œufs près de la région anale du mâle.

Lorsque la ponte est terminée, la femelle se retire à l’écart dans une grotte pour incuber ses œufs. Sa gorge est très renflée; elle fait penser à un tamia qui a les bajoues pleines de réserves. Le mâle demeure à proximité et partage le même territoire. Au bout de 10 à 13 jours, la femelle remet les œufs au mâle afin qu’il puisse finaliser l’incubation; ce dernier achève l’incubation et relâche les petits complètement développés au terme d’une période d’environ 21 jours. Il est à noter qu’aucun des parents ne prend soin des petits un coup relâchés; pour cette raison, il est préférable de retirer le mâle incubant les œufs quelques jours avant la date limite d’incubation et de le placer dans un bac isolé.

Les petits se nourrissent d’artémias, de micro vers et de flocons pulvérisés, de la même façon que les autres cichlidés du lac Tanganyika. La ponte totalise rarement une dizaine d’œufs. Environ la moitié des jeunes sont pâles et les autres sont foncés; après quelques semaines, les foncés deviennent pâles; hypothétiquement, on avance qu’il s’agirait d’une forme de camouflage, rappelant ainsi les grains de sable de différentes couleurs dans le lac.

Si l’on revient à la bouche du mâle respectivement plus grande que la femelle, cela s’explique du fait qu’il doit garder les alevins devenus plus gros que lors du stade d’incubation effectué par la femelle et ce, jusqu’à la relâche de ces derniers. Par ailleurs, l’incubation buccale exercée en premier lieu par la femelle, lui permet de se nourrir à nouveau, de gagner du poids et de produire plus rapidement des œufs et se synchroniser avec le mâle pour s’accoupler à nouveau.

À tout hasard, il s’agissait de la 200ième espèce de poissons que je réussissais à faire reproduire. En plus d’avoir relevé un défi personnel, ce dernier fut doublement gratifiant en le réalisant avec une espèce dont les mœurs sont hors du commun.

À la prochaine.

Littérature consultée :- isbn 90-800181-1-2 . Tanganyika cichlids (Ad Konings).
-A field survey of the breeding habits of eretmodus cyanostictus, a biparental mouthbrooding cichlid of Lake Tanganyika (Francis C. Neat and Sigal Balshine-Earn).

Ci bas= deux photos de mâles incubant chez Pierre Henrichon.

Pierre Henrichon