L’eretmodus cyanostictus est un
cichlidé gobie habitant la lac Tanganyika. Son allure clownesque
et sa façon de se reproduire en font une espèce désirable
en aquarium.

Dans la nature, ce poisson vit très
près de la rive du lac, là où les vagues déferlent,
soit à une profondeur d’environ un mètre. Il
n’est pratiquement jamais vu à une profondeur supérieure
à trois mètres. À cet endroit, l’eau
est agitée et saturée en oxygène. Sa morphologie
nous révèle des nageoires pelviennes musclées
pour se soutenir au sol, une très longue nageoire dorsale
rejoignant presque la nageoire caudale; cette dernière lui
sert à se maintenir en équilibre dans l’eau
tumultueuse; sa vessie natatoire est vestiginale, sans quoi, il
ballotterait littéralement sous l’effet des vagues.
Étant presque toujours près
de la surface, ses yeux sont orientés vers le haut et quelque
peu exorbitants ce qui lui donne une allure comique et lui permet
de bien déceler ses prédateurs dont les oiseaux de
rivage. Sa longue nageoire dorsale est épineuse et lui permet
également de se protéger des ennemis. La femelle est
munie d’une grande bouche et celle-ci est encore plus grande
chez le mâle. Sa livrée est d’un brun olive et
des points iridescents apparaissent et disparaissent selon l’humeur
du poisson.
Son régime alimentaire est principalement
végétarien; il consomme des algues en les broutant
sur les rochers et profite de l’occasion pour se nourrir également
de petits invertébrés s’y réfugiant.
Pour le garder en aquarium, il va sans dire
que l’eau doit être propre, limpide et bien oxygénée.
Cela se réalise par la présence d’un système
de filtration mécanique puissant et des changements hebdomadaires
d’eau d’environ 15% du volume total. Une bonne couche
de gravier de corail contribue à maintenir un PH élevé
se situant près de 8. Des amoncellements d’ardoises,
de morceaux de corail ou de roches volcaniques sont nécessaires
afin qu’il puisse y trouver refuge. Il est conseillé
de placer cette espèce dans un bac d’au moins 1,50
mètre de longueur et de maintenir la température de
l’eau autour de 24 degrés celsius. Cette espèce
peut être gardée en communauté avec d’autres
espèces du genre julidochromis,
neolamprologus et altolamprologus.
Pour la reproduction, un jeune groupe de
quatre à six individus devrait être introduit dans
le bac afin qu’un couple puisse se former. Cette espèce
pratique l’incubation
buccale bi parentale; selon les études, sur un millier
d’espèces pratiquant l’incubation buccale, environ
seulement 35 espèces pratiquent l’incubation
bi parentale. Un couple se forme donc et repousse les autres
individus. Lorsque la femelle est disposée à pondre,
elle nettoie une surface plate. Par la suite, le mâle courtise
la femelle en dansant devant elle et la reproduction s’en
suit; la femelle dépose un ou deux œufs à la
fois et les récupère immédiatement dans sa
bouche; le mâle s’approche du lieu de ponte et fertilise
l’endroit alors que la femelle se tient la bouche contenant
des œufs près de la région anale du mâle.
Lorsque la ponte est terminée, la
femelle se retire à l’écart dans une grotte
pour incuber ses œufs. Sa gorge est très renflée;
elle fait penser à un tamia qui a les bajoues pleines de
réserves. Le mâle demeure à proximité
et partage le même territoire. Au bout de 10 à 13 jours,
la femelle remet les œufs au mâle afin qu’il puisse
finaliser l’incubation; ce dernier achève l’incubation
et relâche les petits complètement développés
au terme d’une période d’environ 21 jours. Il
est à noter qu’aucun des parents ne prend soin des
petits un coup relâchés; pour cette raison, il est
préférable de retirer le mâle incubant les œufs
quelques jours avant la date limite d’incubation et de le
placer dans un bac isolé.
Les petits se nourrissent d’artémias,
de micro vers et de flocons pulvérisés, de la même
façon que les autres cichlidés du lac Tanganyika.
La ponte totalise rarement une dizaine d’œufs. Environ
la moitié des jeunes sont pâles et les autres sont
foncés; après quelques semaines, les foncés
deviennent pâles; hypothétiquement, on avance qu’il
s’agirait d’une forme de camouflage, rappelant ainsi
les grains de sable de différentes couleurs dans le lac.
Si l’on revient à la bouche
du mâle respectivement plus grande que la femelle, cela s’explique
du fait qu’il doit garder les alevins devenus plus gros que
lors du stade d’incubation effectué par la femelle
et ce, jusqu’à la relâche de ces derniers. Par
ailleurs, l’incubation buccale exercée en premier lieu
par la femelle, lui permet de se nourrir à nouveau, de gagner
du poids et de produire plus rapidement des œufs et se synchroniser
avec le mâle pour s’accoupler à nouveau.
À tout hasard,
il s’agissait de la 200ième espèce de poissons
que je réussissais à faire reproduire. En plus
d’avoir relevé un défi personnel, ce dernier
fut doublement gratifiant en le réalisant avec une espèce
dont les mœurs sont hors du commun.
À la prochaine.
Littérature consultée :- isbn
90-800181-1-2 . Tanganyika cichlids (Ad Konings).
-A field survey of the breeding habits of eretmodus cyanostictus,
a biparental mouthbrooding cichlid of Lake Tanganyika (Francis C.
Neat and Sigal Balshine-Earn).
Ci bas= deux photos de mâles
incubant chez Pierre Henrichon.

Pierre
Henrichon