LES VARIANTES GÉOGRAPHIQUES D'ESPÈCES

Par Pierre Henrichon


Bonjour aquariophiles,

Étant un fervent participant au défi de l’éleveur, j’ai réalisé la reproduction de nombreuses espèces à ce jour en excluant les variantes géographiques. Passionné principalement par les cichlidés des grands lacs d’Afrique, je me gardais souvent de me procurer des variantes géographiques par crainte de ne pas obtenir de certification á cette fin. Pourtant, certaines d’entre-elles me semblais si différentes autant par leur coloration que par leur comportement, leur taille, leur mœurs etc…Afin d’obtenir des éclaircissements, j’ai effectué certaines recherches à ce sujet dans le but de faire reconnaître ces variantes auprès de la société.

Mais, qu’est-ce qu’une variante géographique et comment se fait-il qu’il en existe dans la nature?

Pour répondre à cette question, j’utiliserai à titre d’exemple, le cas particulier du lac Malawi dans lequel des centaines d’espèces différentes de cichlidés sont actuellement connues et de nouvelles se découvrent régulièrement lors d’explorations.

Les rives de ce lac sont généralement composées de plages sablonneuses et herbeuses entre coupées de zones rocheuses. Les cichlidés habitants ces zones tiennent tellement à leur territoire qu’ils s’en éloignent rarement; Ils sont donc isolés dans leur niche écologique, sans interférence et évoluent de façon différente dans chaque milieu. Ainsi, l’adaptation de l’espèce dans un milieu différent peut conduire à une nette distinction par rapport à l’espèce originelle.

Alors, comment se fait-il qu’une espèce ait pu se déplacer de sa niche?

Il a été démontré qu’il y a 25000 ans, le niveau de ce lac était à environ 400 mètres plus bas qu’on le retrouve aujourd’hui. Au fils des années, avec la levée du niveau d’eau, des côtes rocheuses ont été englouties et des massifs rocheux en bordure du lac ont été submergées créant ainsi un nouvel environnement. Les espèces ont dû abandonner leur niche et se rétablir plus près des rives. Il est à noter que la plupart de ces cichlidés vivent à moins de trente mètres de profondeur dans ce lac.

Ainsi, ces différentes populations, séparées depuis des millénaires, se sont développées au point de devenir de nouvelles espèces distinctes et ce, à l’intérieur même de ce lac.

Ces variantes sont donc le fruit d’une longue évolution naturelle et n’ont rien à voir avec les variétés de forme et de couleurs de certaines espèces comme le guppy qui ont été générés par hybridation, sélection, manipulation par l’entremise de l’être humain. D’ailleurs, on ne retrouve jamais à l’état sauvage, un guppy à queue de voile ou à queue d’épée.

Par ailleurs, en consultant les règlements d’autres sociétés d’aquariophilie, il s’avère que plusieurs d’entre-elles accordent une certification à ces variantes.

Finalement, j’ai soumis ce cas auprès des messieurs Jacques Leroux et David Trescak afin qu’ils puissent faire accepter ce principe auprès des membres du CA. Le conseil a répondu favorablement et ces variantes pourront être reconnues. Par l’entremise, je profite de l’occasion pour les remercier et souligner l’énergie et l’intérêt dont ils font preuve à l’égard de notre société.

Il est à noter que pour obtenir une qualification de variante géographique, l’éleveur devra fournir au responsable du défi de l’éleveur, une référence précise pour approbation.

Mise en garde

En captivité, plusieurs espèces peuvent se croiser et produire des alevins en santé avec des caractères intermédiaires; il faut absolument sacrifier ces alevins car cela court circuite des milliers d’années d’évolution en plus de créer la confusion. Donc, une attention particulière doit être portée à l’égard d’espèces apparentées placées dans un bac communautaire comme les Aulonocaras. Si l’on désire en faire l’élevage, il est souhaitable de placer ces espèces dans des bacs spécifiques ou de les mettre en communauté avec d’autres espèces non apparentées.


Les photos suivantes exhibent deux variantes géographiques d’aulonocara stuartgranti.


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Aul. stuartgranti maulana bi-color 500 .....Aul. Stuartgranti Ngara flametail.

Pierre Henrichon