INTRODUCTION À LA MAINTENANCE DES HAPLOCHROMINIENS DU LAC VICTORIA

Par Christophe De Medeiros

Introduction à la maintenance des cichlidés haplochrominiens du lac Victoria et des alentours:

Beaucoup en pensant au lac Victoria ne voit qu’une grande étendue d’eau marécageuse sans grande variété de biotopes, ni même d’espèces endémiques qui ne présenterait même pas d’intérêt pour les amateurs de cichlidés. Il est un temps ou l'on ne pensait même pas trouver d'espèces de zones rocheuses tellement est pauvre la littérature aquariophile sur le lac et sur ses espèces. Différents auteurs prétendent même qu’il vaut mieux placer des haplochrominiens du Victo dans un bac avec des poissons du Malawi ou même qu’il est impossible de créer un bac communautaire strictement dédie à ces poissons à cause des risques d’hybridation.

Ceci devrait rappeler aux amateurs des poissons des deux autres grands lacs que sont le Tanganyika et le Malawi, les légendes qui ont circulé sur leurs poissons favoris tant qu’il n’y avait pas une documentation suffisante sur les besoins de leurs protégés et donner un certain recul quant à la politique de maintenance que semblent adopter certains. Il est admis aujourd'hui qu’un poisson du Tanganyika comme le Cyphotilapia frontosa doit vivre avec des poissons du Tanganyika compatibles en taille et en moeurs ainsi il en est de même pour les poissons du Malawi et du Nyanza-Victoria. Les codes comportementaux de parades et d’intimidations ne sont pas forcément compatibles entre des poissons nés dans des lacs distants de plusieurs centaines de kilomètres, qui ont évolué séparément et spécifiquement, chacun dans leurs différents biotopes pendant des centaines voire des milliers d’années.

En évoquant les différents type d'aquariums communautaires, il s'agit d'aquariums seulement dédiés à la maintenance de ces espèces et non d'aquarium de reproduction. Le sujet prend toute son intérêt en montrant qu'il est possible de recréer ne serait ce qu'un peu et de loin, l'environnement d'ou sont issus nos poissons.
Il est parfaitement possible de reproduire plusieurs types d’aquariums du lac Victoria(Nyanza) au même titre que les différents aquariums du Tanganyika ou du Malawi avec leurs populations respectives, tant il est vrai qu’il y a une grande diversité de biotopes au sein du même lac.

En partant de cette constatation, on doit sélectionner la communauté de cichlidés que l’on veut maintenir sachant qu’un poisson des zones pélagiques n’a pas la même territorialité ni l'agressivité qu’un mbipi (poisson des zones rocheuses). Il ne viendrait plus à l’esprit d’un tanganycophile de mélanger Cyprichromis et Cyphotilapia frontosa ainsi qu’à un passionné du Malawi de mélanger utakas et mbunas.
Ce qui n’enlève en rien à la complexité, certaines espèces ne viennent pas du lac lui même mais des différents lacs satellites. Il y a le système Kyoga Nawampassa, les lacs Albert et George, le lac Kivu, le lac Kachira, le lac Kariba, le Nil Victoria et le lac Rukwa, le lac Nabugado et le lac Kenyaboli ainsi qu’une foule de tout petits lacs et de rivières disséminés autour du lac Victoria lui même. Chacun ayant une composition d’espèces haplochrominiennes qui peut lui être propre.

Le lac Victoria, présentation générale:

Le lac Victoria (Nyanza) est avec 69 000 kilomètres carrés le premier des grands lacs africains et la troisième étendue d’eau douce du monde, il est situé en Afrique de l’Est, avec trois pays se partageant ses rives, la Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda. Il bénéficie d’un climat équatorial, avec un apport constant en eau par plusieurs rivières pérennes, la Kagera, la Nzoia, etc...et de rivières saisonnières, la Mara, etc.., et par la pluie. La sortie se situe dans le Nil Victoria près de la ville de Jinja en Ouganda..

Le vent formant les vagues lié à la faible profondeur(-100 m) entraîne un brassage important des différentes couches d’eau.. Par comparaison, une goutte d’eau dans le lac Tanganyika met 10 ans de son entrée à la sortie, alors qu’elle ne met que un mois dans le lac Victoria. Une autre conséquence est la turbidité rendant les observations sous lacustres très difficiles dans certaines zones, alors que d’autres endroits bénéficient d’une eau limpide. Le Speke gulf par exemple, présente à l’Est une eau chargée en particules, alors qu’à l’Ouest, elle est claire(O. Seehausen: Vict rock cichlids).Le lac a un pH au valeurs assez hautes (env.8 à 8,5) ,de même que les autres lacs qui l’entourent., il présente une grande diversité de biotopes et une grande diversité d’espèces animales et végétales.

Dans le lac vivent quelques 48 espèces de poissons autres que les cichlidés réparties dans les genres suivants: Protopteridae(1 espèce), Mormyridae(7 espèces), Characidae(2 espèces), Cyprinnidae(17 espèces), Bagridae(1 espèce), schilbeidae(1 espèce), Claridae( 6 espèces), Mochokydae(2 espèces), Cyprinodontidae(7 espèces), Centropomidae(1 espèce), Anabantidae(1 espèce), Mastascembellidae(1 espèce), Centrarchidae(2 espèces) . Il y a également 5 espèces de tilapias.

Les espèces de cichlidés haplochrominiennes représentaient avant l’explosion des populations de perches du Nil(Lates niloticus) tous les types d’adaptations possible à l’exploitation de la nourriture disponible avec en tout 15 groupes et sous groupes trophiques connus et plus de 80 % de la biomasse piscicole. Elles ont occupé toutes les niches écologiques exploitables du piscivore pélagique des zones sublittorales profondes tel que Haplochromis macrognathus au mbipi racleur d’algues des zones rocheuses superficielles tel que Néochromis rufocaudalis .

Plus de 300 espèces haplochrominiennes seraient ou auraient été présentes, dont 108 ont été décrites par Greenwood. Elles occupaient tous les biotopes et toutes les strates de répartition dans la colonne d’eau.

On peut distinguer 3 zones biologiques à savoir: la zone littorale(- de 8 m), la zone sublittorale (- de 20 m de profondeur) et la zone benthique(+ de 30 m de profondeur). Chacune de ces zones abritaient avant l’ère de la perche du Nil des communautés de cichlidés haplochrominiennes propres.

On trouve dans la partie littorale, les plages avec du sable et les zones sablo- vaseuses à faible profondeur(de 1 à 6 m), des zones à végétation émergée abondante type papyrus et plantes immergées, Les zones de végétation flottante(jacinthes d’eau). Il y a les marais avec une végétation inextricable, des côtes rocheuses, des baies abritées et d’autres exposées au ressac, des zones de galets, des récifs rocheux, ainsi que des rochers de toutes les tailles avec une profusion de failles ouvertes sur le large ou vers l’intérieur des îlots. L’inclinaison de la berge par rapport au fond peut être également très différente, de la plage en pente douce descendant progressivement à la falaise rocheuse aux parois abruptes.

On trouve dans la zone sublittorale les zones sablo-vaseuses profondes(+ de 8 m) et au delà, les zones benthiques (+ de 20 m). On trouve également une grande quantité d’îles, grandes(+ de 10 km de long) Ukewere isld, Nianzo isld, moyennes(de 50 m à 10 km de long)Ukara isld, Juma isld et petites(- de 50m) Makobe et Phyton isld, proches de la côte ou éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres Sessee isld, Ukerewe isld.
Chacune de ces zones est susceptible d’abriter une communauté de cichlidés qui lui est propre et même chacune de ces îles peut abriter une ou plusieurs espèces endémiques et la composition en espèces varie suivant qu’elle est ouverte sur le large ou confinée à l’intérieur des îlots et peut même varier d’îles en îles. Il est à noter que la frontière entre ces différents biotopes n’est pas forcément très distincte et que ces différentes zones peuvent même se chevaucher, par exemple une île comme Nyanzo peut présenter des zones rocheuses, d’autres à végétation émergée et immergée, ainsi que des parties sablo-vaseuses, le tout plus ou moins mélangées.

Le lac est riche de diverses espèces animales telle que crocodiles ,varans, tortues, serpents pour les reptiles, une espèce de grenouille aquatique endémique X.victoriae et divers amphibiens, des hippopotames, des loutres pour les mammifères, une faune d’oiseaux avec des cormorans, pélicans, hérons, Martin pécheurs, etc.. Des crabes, des méduses et des éponges ainsi que des crevettes donnent l’impression d’avoir à faire à une véritable mer d’eau douce.

Groupes et sous-groupes trophiques:

les cichlidés du lac Victoria et des différents systèmes lacustres et riverains périphériques sont placés dans des groupes trophiques pour résoudre la complexité des différents modes de spécialisation alimentaire observées dans ces populations.

Qu’est ce qu’un groupe trophique?

Greenwood en 1974 reliait les espèces avec leur nourriture et leur mode de nutrition. les membres d’un groupe trophique utilise de manière préférentielle la même catégorie de nourriture. Ce qui ne veut pas dire qu’ils se nourrissent exclusivement des mêmes proies. Par exemple; un insectivore ou un zooplanctivore peut très bien manger un petit poisson aussi bien que des insectes, des crustacés, des algues ou des plantes, le choix de la nourriture peut varier suivant l’horaire, la saison, ainsi que la disponibilité des proies. Les haplochrominiens sont pratiquement tous des généralistes avec une spécialisation alimentaire plus ou moins prononcée. Il est admis aujourd’hui les 15 groupes et sous-groupes trophiques suivants

  • Les piscivores avec 3 groupes sous trophiques ;
  • Piscivore au sens large ( mangeurs de poissons adultes ou juvéniles ),
  • Paedophages (mangeurs d’oeufs, de larves ou d’embryons en dehors et dans la cavité buccale de la femelle )
  • Mangeurs d’écailles .
  • Les mangeurs de parasites
  • Les molluscivores avec 2 sous-groupes :
    • molluscivores broyeurs-pharyngiens
    • molluscivores extracteurs-decortiqueurs
  • les insectivores
  • Les mangeurs de crabes
  • Les mangeurs de crevettes
  • Les zooplanctivores
  • Les détritivores/phytoplanctivores
  • Les phytophages
  • Les racleurs d’algues avec 2 sous groupes :
    • racleurs épiphytiques ( sur les plantes )
    • racleurs épilithiques ( sur les rochers )
  • Les mangeurs de plantes supérieures ou macrophytophages

    Approche aquariophile:

    Il parait donc logique de reconstituer en aquarium même de manière grossière le biotope auquel sont associées les diverses espèces haplochrominiennes captives dans le milieu aquariophile. Un amateur du Tanganyika ou du Malawi aura la même approche quant à la conception de son aquarium, il adaptera l'aquarium et le décor en fonction du type de population qu'il voudra maintenir.
    Il convient toutefois d'apporter quelques nuances pour les poissons du Victoria pour plusieurs raisons, la première est que certaines espèces vivant dans le même type de biotope peuvent en aquarium se croiser et donner naissance à une descendance fertile. Il faut maintenir ensemble seulement et ceci est très important, des poissons ayant un patron de coloration mâle et une morphologie relativement différents. De plus il faut que les femelles présentent également une morphologie assez éloignée.
    Seconde raison, certaines espèces sont tellement proches qu'il est parfois très difficile de discerner les femelles entre elles ex: P.nyerereï et P."red head", N.rufocaudalis et N.omnicaeruleus..

    Une autre raison est l'agressivité assez élevée de certaines espèces qui rendent leur maintenance dans des aquariums de moins de 200 litres problématique ex: P.nyerereï. . Ceci étant expliqué par la taille de un mètre cube du territoire d'un mâle dominant dans le lac. Une chose qui vient encore compliquer un peu plus le plaisir est qu'il ne faut absolument pas mélanger 2 poissons de la même espèce mais de localités différentes par exemple N.rufocaudalis de population Saa Nane et Makobe, P.nyerereï de Python, Makobe, Ruti, Luanza; P.pundamilia de Python, Makobe.
    Ce pour les différentes espèces dont plusieurs populations existent en aquarium. Si jamais il y a eu croisement, il ne faut absolument pas diffuser la souche, ni dans le commerce, ni chez ses amis. La composition d'un aquarium communautaire peut se réaliser en respectant ce" cahiers des charges" et promet de longs moments d'observation fascinante.

    Bac pour zooplanctivores du lac Victoria:

    Très rares dans le commerce aquariophile mais présentes chez des particuliers, le choix des espèces peut se faire entre des poissons calmes et peu territoriaux comme par exemple; Haplochromis"Astatotilapia"piceatus, Haplochromis"Yssichromis"argens, Haplochromis"Yssichromis"pyrrocéphalus, H.sp"tipped blue".

    Les espèces autrefois recensées mais très peu courantes dans l’aquariophilie; Haplochromis kribensis, Haplochromis » Yssichromis » citrus, Haplochromis (longirostris?) tanaos, Haplochromis »Yssichromis » laparogramma..

    Ils représentent pour le Victoria ce que sont les Cyprichromis pour le lac Tanganyika et peuvent présenter la même fragilité, il leur faut des conditions de maintenance optimums afin de voir le ballet des mâles colorés danser devant le banc de femelles gravides. Ce sont dans la nature des incubateurs buccaux maternels saisonniers qui n’occupent pas de territoire de manière permanente; des observations en aquarium montrent qu’il pondent deux ou trois voire quatre fois à la suite puis se reposent pendant quelques mois. En aquarium, la ponte se déroule dans un petit cratère creusé dans le sable ou sur une pierre plate.

    On peut leur adjoindre des espèces telles que le paedophage Haplochromis melanopterus qui n’est pas du tout agressif, ou le petit haplochrominien primitif Pseudocrénilabrus multicolor victoriae. ou le sabulicole pacifique H.xenognathus ou encore le détritivore Haplochromis "flameback"

    Ces poissons ont besoin d'un bon espace de nage avec un petits amas rocheux disposé sur la paroi du fond, en général , les mâles choisissent un pierre plate comme site de ponte. On peut planter le bac avec des plantes moins résistantes que pour un bac à mbipis ou population des zones plantées. Il faut prévoir quant même des cachettes pour que certains poissons puissent trouver la tranquillité
    On devra les nourrir en majorité avec des larves de moustiques noirs, des épinards pochés, un peu d’artémias, des cyclops, des mysis, de la chair de poisson. Il vaut mieux éviter l’emploi du ver de vase (problèmes intestinaux ). Suivant la grandeur du bac (de 120 litres minimum pour un trio, à 500 litres pour plus d'une vingtaine de poissons ) on peut créer un banc évoluant dans toute la hauteur du bac car les mâles ne sont pas agressifs entre eux et respectent les femelles en incubation.
    Le bac pour sabulicoles du lac Victoria:

    Avec quelques petits galets disposés un peu partout dans l’aquarium, quelques Anubias, des Microsoriums, des Vallisnérias., une grande plage de sable avec un gros amas rocheux disposé sur la moitié de la paroi du fond ou de coté mais avec un nombre de cachettes suffisantes pour abriter les poissons stressés ou les femelles incubantes seront la reconstitution d'un biotope sableux..

    On choisira des espèces sabulicoles qui sont pour certaines, un peu plus turbulentes et territoriales telles que Haplochromis sp "thick skin"( courante), Haplochromis brownae( très rare), Haplochromis "Psamnochromis"riponianus (très rare), Astatoreochromis alluaudi (courante), Haplochromis "Macropleurodus"bicolor (très rare), Haplochromis sp "red tail sheller"(courante), Haplochromis"Paralabidochromis"plagiodon (rare), Haplochromis"Ptyochromis"sauvagei,(rare), Haplochromis"Platytaenodius"degeni (rare), H »labrochromis"ishmaeli "(rare), Haplochromis"Hoplotilapia"retrodens (très rare), Haplochromis"Ptyochromis" sp "Hippo point salmon"(courante), et aussi Haplochromis »Astatotilapia » nubilus (courante)qui a une répartition assez vaste dans l’ensemble des biotopes.

    On peut également leur adjoindre Haplochromis"Paralabidochromis"chilotés que l’on trouve aussi dans ce type de biotope. L’aquarium aura une contenance de 120 litres pour deux quatuors, 550 litres pour une dizaine de trios ou quatuors. La majorité de ces poissons sont des malacophages avec quelques insectivores (H.sp " thick skin", H brownae, H nubilus, H chilotés ), ce sont pratiquement les seuls espèces disponibles dans le commerce aquariophile pour ce type de bac communautaire. Jusqu’à découverte et exportation de nouvelles espèces,. H.xenognathus vient lui des zones sableuses superficielles mais a un comportement plus pacifique que ces autres espèces des zones sableuses. Il semble que les espèces des zones de sable profondes(H.ishmaeli, H.bicolor) et moyennes du Mwanza gulf aient le plus souffert de l’explosion des populations de perches du Nil (Lates niloticus) et de tilapias introduits car sans doute, les plus exposés à la prédation. Il faut une filtration puissante avec un brassage important de la surface pour une oxygénation la plus efficace possible. Ce sont dans l’ensemble des poissons assez territoriaux, il faudra être vigilant à l’évolution de la communauté et des rapports sociaux des occupants de l’aquarium.

    L’aquarium des zones à plantes immergées du lac Victoria:

    Il faudra mettre des espèces de plantes aux feuilles très dures, Anubias et des Crinums, Cryptocorines les plus résistantes. L’idéal étant d’avoir des papyrus poussant dans le fond du bac. Il faudra planter des Vallisnérias en grande quantité et ce relativement à l'avance pour que les racines aient eues le temps de se développer suffisamment et de produire des stolons. Sinon, elles seront dévorées relativement vite jusqu’aux racines. On disposera quelques pierres (pas beaucoup), surtout bien planter le bac suffisamment de temps avant l’introduction des poissons pour que les racines soient bien accrochées au substrat.

    Le choix des individus peut s’établir entre ces espèces: Haplochromis cf obliquidens,(courante) Haplochromis sp"flameback»"(courante), Haplochromis sp"blue"obliquidens (rare), Haplochromis sp"red back scraper"(rare), Haplochromis sp"blue & red fins"(rare), Haplochromis sp"purple yellow "(très rare), Haplochromis phytophagus (peu courante), Haplochromis macula. (très rare).

    On peut également mettre H nubilus, Astatoreochromis alluaudi, car on les trouve dans tout les types de biotopes.

    Ce sont des poissons très territoriaux et avec un degré d’agressivité assez élevé pour certains "red back scraper"par exemple, d'autres sont nettement plus pacifiques telles que H.phytophagus, H.sp"flameback". Il leur faut une bonne filtration et une oxygénation importante. Il leur faut également un volume important 250 litres minimum pour 2 à 3 trios jusqu’à 700 litres pour une dizaine de trios.

    Bac type marécages:

    Le locataire privilégié sera Pseudocrénilabrus Multicolor victoriae,(rare); il lui faut une végétation abondante avec des plantes de surface, un aquarium d’une centaine de litres ira tout à fait pour un mâle et trois ou quatre femelles. Attention, ce petit cichlidé est magnifique dans sa livrée jaune mais ne vit pas très longtemps de quatre à six ans tout au plus. On peut leur adjoindre H.phytophagus qui vit dans le même type de biotope dans le lac Kenyaboli et le Nil Victoria.

L’aquarium à mbipis ou poissons des zones rocheuses du lac Victoria;

Le décor rocheux doit être très important, 1/3 à 1/2 du volume de l’aquarium semble parfait. On peut se passer de plantes mais quelques Anubias , Microsoriums, bolbitis donnent un peu de verdure dans le bac. Ce qui s’applique aux mbunas du Malawi est valable pour leurs cousins du Nyanza à savoir, une grande oxygénation, une filtration puissante et une densité de poissons un peu plus élevée que la moyenne. C’est pour ce type de bac que le choix des espèces dans le commerce est le plus étendu.

Parmi les genres, on pourra choisir les espèces formant des communautés, à savoir un trio ou un quatuor de chaque espèce d’un genre, par exemple: le genre d’insectivores-planctophages Pundamila - P nyerereï( courante) Python, Makobe, Ruti, Igombe, Luanza ; P Pundamilia (rare) Igombe, Makobe, Phyton ; P macrocephala (rare) Phyton; P igneopinnis ( très rare) Ndurwa; P.sp"red head" Zué(rare); P.sp"red flank"Nianzo isld (rare),etc...

le genre d’insectivores Lithochromis -L rufus Shadi rocks( très rare) Python, L rubripinnis( très rare) Python, L. xantopteryx ( très rare), L.flavus Makobe (rare), L. cyaneus Makobe (très rare)

le sous genre Paralabidochromis -Haplochromis"Paralabidochromis"chilotés Zué (courant), H" Paralabidochromis".sp rockkribensis Mwanza (courante) avec au moins 4 formes différentes en aqua et de provenances aussi diverses que l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie.

le genre de racleurs d’algues épilithiques Néochromis - N rufaucaudalis (courante) 2 origines aquariophiles Saa Nane et Makobe, N gigas (rare) Makobe, N omnicaeruleus,(rare) Makobe, N.Greenwoodi ( rare) Anchor island

le genre des racleurs d’algues opportunistes Mbipia -Mbipia lutéa( rare) Makobe, Mbipia mbipi, (courant) Makobe

le sous genre d’insectivores- Psamnochromis:

Haplochromis "Psamnochromis" rockriponianus (très rare),Haplochromis »Psamnochromis »saxicola,(très rare)

le sous genre de malacophages Labrochromis -Haplochromis"Labrochromis"stone (très rare)Anchor, H.sp"Kenya gold"(courante) qui viendrait de Hippo point au Kenya.

Sans oublier Astatoreochromis alluaudi, Haplochromis nubilus que l’on trouve également dans les zones rocheuses.

En choisissant de maintenir des pétricoles, il faut un volume assez important, mais il est possible de garder deux ou trois trios dans 150 litres. Dans un 600 litres par exemple, on peut maintenir une douzaine de trios. C’est un spectacle impressionnant de voir les mâles en costume de parade étinceler de toutes leur couleurs, toutes nageoires déployées et dansant comme des papillons devant le groupe de femelles. Il leur faut également une oxygénation importante et une filtration puissante. L’idéal est de placer un mâle pour trois à quatre femelles mais les trios fonctionnent bien, il faut éviter, tant que faire se peut de maintenir des couples car les mâles sont toujours en activité sexuelle et ils épuiseraient bien vite les femelles.

Voila quelques unes des espèces que l’on peut maintenir en bac communautaire du lac Nyanza disponibles dans le commerce aquariophile. Il faut simplement s’armer de patience sachant que ces espèces sont relativement rares. Sachant aussi qu’il faut éviter de mélanger des poissons d’espèces et de sexes différentes mais de même couleur si on désire reproduire comme par exemple H nubilus avec Mbipia mbipi, Lithochromis rubripinnis, Pundamilia macrocéphala, Pundamilia azureus H sp blue & red fins et la forme bleue de H « Labrochromis »stone

Il est quand même possible de maintenir une communauté de poissons en mélangeant des espèces de groupes trophiques différents ou en mélangeant des poissons des trois dernières zones, car les degrés d’agressivité et de territorialité se valent pour certaines espèces. Les espèces sabulicoles et de zone de végétation émergée s’adaptent bien, même en bac garni d’un abondant décor rocheux.

Il faut à tout prix éviter de maintenir ensemble des poissons de la même espèce mais de zones de collecte différentes, par exemple Pundamilia nyerereï forme Makobé et la forme Igombé ou Ruti island sachant qu’il existe de grandes variations morphologiques au sein d’une même espèce provenant de deux zones de capture et qu’il vaut mieux garder des souches propres de toute hybridation. Pour ce qui est des poissons de la zone pélagique Yssichromis et picéatus, il ne faut absolument pas les maintenir avec des pétricoles sous peine de les voir disparaître les uns après les autres. Ce sont des poissons paisibles qui ne se blessent pas et n’ont pas la fougue que possèdent les espèces pétricoles.
On peut quand même mélanger des poissons de même couleur mais de groupe trophique différent dans un même bac si on désire simplement maintenir, il ne faudra pas garder les progénitures pour éviter de voir apparaître des hybrides ou les garder jusqu’à taille adulte pour être sûr qu’il n’y ait pas mélange (les hybrides présentent, en général, une robe et un patron de coloration ainsi qu’une morphologie intermédiaires entre ceux des deux parents).

Bac pour prédateurs piscivores:

200 litres minimum pour 1 à 2 trios jusqu'à des volumes beaucoup plus conséquents pour un nombre d'individus plus élevés.

Le sous genre de prédateurs piscivores Haplochromis"Harpagochromis"serranus (très rare), Haplochromis.sp"orange rock hunter"(rare),Haplochromis"Harpagochromis"cavifrons (très rare), H.perrieri (très rare), Haplochromis"Harpagochromis"howesi (très rare), Haplochromis"Prognatochromis"prognathus (très rare).

le sous-genre de prédateurs paedophages Lipochromis -Haplochromis"Lipochromis".sp Matumbi hunter(courante), Haplochromis"Lipochromis"cryptodon (très rare), H.parvidens (courante) Haplochromis "Lipochromis "melanopterus.(rare)

Certaines espèces sont très timides et territoriales par exemple H.sp"orange rock hunter" alors que d'autres sont nettement plus pacifiques par exemple Hmelanopterus. Ce sont des poissons en nombre très limités dans leur distribution naturelle et par conséquent très peu disponibles pour un aquariophile débutant. Ces espèces vivent pour certaines dans le biotope rocheux H.sp"orange rock hunter" alors que d'autres H.sp"Matumbi hunter", H.melanopterus fréquentent seulement la frontière de celui ci.

Un volume important est conseillé pour la maintenance de ces espèces au vu de leur taille adulte. Un amas rocheux assez important disposé de chaque coté de la paroi du fond de l'aquarium avec un bon nombre de cachettes car s'ils sont timides avec les autres espèces, les mâles dominants peuvent être relativement agressifs envers les femelles. Un bon espace de nage et quelques plantes pour casser la visibilité entre mâles dominants, ne les plantez pas à proximité des rochers pour qu'elles ne soient pas déterrées par le terrassement des mâles territoriaux..

Le Nil Victoria:

D’une longueur de 117 km de la sortie du lac Victoria à Jinja jusqu’à son entrée dans le lac Kyoga à Namasagali, il se situe entièrement en Ouganda. Le Nil Victoria va du lac Victoria, traverse le lac Kyoga, les Murchinson falls et rejoint à sa confluence le lac Albert dans le nord ouest de l’Ouganda. Il a une profondeur comprise entre 3 et 5 m en moyenne avec près de 30 rapides et chutes( ex: Ripons falls, Bujagali, Itanda-Kalagala et Isimba) et des îles de différentes tailles( ex/ Dumbell island) dans la section reliant le Victoria et le Kyoga. L’habitat est constitué de zones rocheuses, de franges marécageuses, de zones sableuses et de plantes immergées, il y règne un courant assez puissant.

20 taxons différents de poissons ont été recensés dont les 6 les plus courants sont Labeo victoriannus, Barbus altinalis , Synodontis afrofisheri pour les parties basses, Mormyrus kanumme, Lates niloticus seulement dans la partie près de la sortie du Victoria, et les haplochromines. 35 espèces appartenants à 14 genres d’haplochrominens ont été recensées dans le Nil Victoria.

Le peuplement est plus ou moins découpé en 3 parties relativement distinctes avec des chevauchements au niveau des groupes d’espèces des 2 lacs.

1- la zone Victorienne avec des genres et des espèces propres au Victoria au nombre de 20 espèces P.igneopinnis, P.macrocephala, P.pundamilia, N.rufocaudalis, Lithochromis rubripinnis, Mbipia mbipi, H..sp"rockkribensis", H.brownae, etc. La majorité sont des espèces pétricoles strictement inféodées au substrat rocheux.
2- la partie comprenant des espèces endémiques appelée zone jaune avec la plus grande diversité; 24 espèces dont 6 endémiques: H. »silver arrow » pélagique, Mbipia « red pelvics », M. « yellow fin « racleur, Neochromis » lemon britti » racleurs épilithiques, N. » red « simotes racleur épilithique, Pundamilia » yellow multispot « insectivore, aucune présence recensée en aquariophilie pour ces espèces.
3 - La zone Kyoga avec un peuplement en espèces du lac Kyoga, H.orthostoma, H.cf worthingtoni, H. »all red »( Kyoga flameback),H. »ruby green », H;nuchisquamulatus, etc. Elle se caractérise aussi par une grande densité de Mormyrus macrocephala typique du système Kyoga.

la richesse en espèce est la plus pauvre des 3 zones avec 13 espèces au total . Dans cette zone le courant est moins puissant et il y a moins de zones rocheuses et plus de franges marécageuses.

Le lac Kyoga-Nawampassa:

Le lac Kyoga-Nawampassa, est situés en Ouganda et fait partie du réseau hydrographique entourant le lac Victoria (Nyanza). La connexion avec le lac Victoria se fait à partir de Jinja par le Nil Victoria. Le lac Kyoga a une forme ramifiée en forme de main allongée très particulière, entourées d’une épaisse zone de papyrus. La plus grande partie du biotope est constitué de zones sablo-vaseuses marécageuses avec des plantes supérieures (Ceratophyllum, potamogeton, Vallisnérias, etc.), des îlots de plantes émergées (papyrus), des îlots de plantes flottantes (jacinthes), quelques roches et la zone d’eau ouverte.

La profondeur ne semble pas très importante entre 5,70 mètres pour le Kyoga et 3 mètres pour le Nawampassa. L’eau serait relativement limpide au niveau de zone d'eau ouverte et plutôt boueuse près de la rive, il y aurait une relativement bonne visibilité sous lacustre. On peut noter la présence d’un nombre important de prédateurs piscivores des différentes familles de poissons, d’oiseaux( cormorans, pélicans, Martin pécheurs, hérons), de reptiles( crocodiles, serpents, varans) et de mammifères( loutres). D’après Mark Phillip Smith, les perches du Nil (Lates niloticus) auraient eu le même impact négatif sur la population de cichlidés endémiques du lac Kyoga qu’au Victoria. Un certain nombre de grandes espèces d’haplos piscivores seraient virtuellement disparues.

Le pH serait de neutre à légèrement alcalin aux valeurs comprises entre 7,5 et 8,5. Les espèces haplochrominiennes présentes dans ces lacs diffèrent quelque peu des complexes du Victoria sensu stricto. Elles ont été séparées et isolées depuis plusieurs milliers d’années par l’assèchement progressif de l’énorme lac, dont le niveau était, il y a environ 10 000 ans, 30 mètres plus élevé que son niveau actuel.

Le bac pourra être planté avec des espèces résistantes telles que celles précitées dans les différents type de bac, un abondant décor rocheux ne semble pas nécessaire mais il faut alors planter densément le bac.

Pour ce qui est des espèces de poissons disponibles, il y a 2 types de bac que l’on peut faire 1 bac espèces interface plantes eau libre et bac spécifique pour prédateurs

Bac spécifique pour prédateurs Kyoga:

Un bac pour prédateurs avec un éboulis rocheux et un volume conséquent , 200 litres pour un trio ou 2 jusqu'à 500 litres et plus pour un nombre de poissons plus élevé. Une filtration puissante de l'ordre de 2 à 3 fois le volume du bac. On peut planter relativement densément avec des espèces aux feuilles résistantes ou ayant une vitesse de croissance élevée.

On aura le choix entre ces espèces pour peupler son bac: H.orthostoma prédateur piscivore: présence aquariophile, peut être trouvée dans le commerce

H. sp.cf.dentex prédateur piscivore: présence dans quelques aquariums publics.
H. cf.Worthingtoni"torpedo kribensis" prédateur piscivore: présence rare en aquariophilie mais aussi présente dans certains aquariums publics.
H.sp"silverstilletto" piscivore: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
H.sp"golden duck "piscivore: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce H.sp"golden large mouth" piscivore: présence aquariophile aux Us peut être trouvée dans le commerce
H.parvidens "red" paedophage: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce

H.parvidens "shovelmouth" paedophage: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce mais est plus rare Bac communautaire Kyoga:

La population d'un tel bac sera un mélange de racleurs(H; nuchisquamulatus, H.sp"ruby green") et d'espèces insectivores(red fin, latifasciatus). Une plantation abondante et quelques éboulis rocheux près de la paroi du fond constitue le décor de base pour ce type d'aquarium. Il leur faut un volume conséquent (200 litres minimum pour un ou 2 trios) avec une filtration importante(3 fois le volume du bac) et des changements d'eau réguliers.

H.latifasciatus insectivore: (ancien zébra obliquidens),;présence en aquariophilie mais apparition de formes dégénérées.
H.sp".ruby green"racleur épiphytique: présence aquariophile, peut être trouvée dans le commerce
H.sp"All red"(Kyoga flameback) macrophytophage: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
H.Nushisquamulatus racleur épiphytique: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
A.alluaudi molluscivore broyeur pharyngien: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
H.sp"piebald red fin" insectivore: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
H.nubilus insectivore: présence aquariophile peut être trouvée dans le commerce
Certaines de ces espèces présentent un degré de territorialité assez élevé H.sp"ruby green", H.orthostoma, H.sp"piebald red fin" alors que d'autres sont plus placides, H.latifasciatus, H.sp"Kyoga flameback", A.alluaudi. Il faudra être vigilant au mélange des espèces en ne plaçant pas dans de petits volumes des poissons ayant un patron de coloration proche et à l'évolution de la hiérarchie au sein de l'aquarium.

le lac Edward et George:

D’un diamètre de 15 à 18 km pour le lac George avec une forme circulaire. Il est situé en Ouganda ainsi que le canal de Kazinga et le tiers septentrional du lac Edward. Environ 2,5 m de profondeur en moyenne et 4 m à son point le plus profond. Le biotope est constitué de fonds sablo-vaseux couvert d’une vase organique avec une rive en pente douce couverte d’une frange de plantes émergées constituée de papyrus, de joncs, de roseaux et de plantes immergées. visibilité sous lacustre de 30 cm en moyenne.

Le seul endroit ou il existe une zone rocheuse est la baie de Kashaka, un ancien volcan éteint d’un km de diamètre relié au lac George par un étroit chenal. Celui ci est relié au lac Edward par le canal de Kazinga qui est plutôt une rivière d’une longueur de 36 km et d’une largeur de 1 km à 150 m à son point le plus étroit.
Le lac Edward est situé en RDC pour les deux tiers occidentaux il est alimenté en eau par diverses rivières ( presque 10) ainsi que par le lac George par le biais du canal de Kazinga, il est d’une longueur de 95 km pour une largeur de 90 km et d’une profondeur de 117 m à son point le plus profond.

Ces 2 lacs sont une seule entité au niveau du peuplement en cichlidés, près de 16 espèces décrites vivent dans ces eaux et d’autres non encore décrites 10 environ. Seules 2 ou 3 espèces présentes en aquariophilie Haplochromis aenneocolor ( yellow belly) détritivore, Haplochromis limax insectivore, Haplochromis sp"all red" Edward , H sp"emerald fire " dans le cadre d’un bac dédié à ces espèces , on peut leur adjoindre H.nubilus et Astatoreochromis alluaudi dans un 250 à 300 litres bien planté avec quelques rochers.

Conclusion: Voila en gros ce que l’on peut réaliser si on désire maintenir des poissons de ces lacs, le choix est assez étendu, il suffit juste de bien se renseigner sur les besoins de ses protégés pour leur donner un espace de vie le plus proche possible de ce qu’ils pourraient trouver dans la nature. Il faut également s'armer de patience, sachant que les espèces ne sont pas disponibles dans l'animalerie du coin, mais en se mettant en contact avec des passionnés, il est parfaitement possible de trouver son bonheur et se monter le type de bac que l'on souhaite.

Christoph de Medeiros

association Haplochromis